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Il y a des génériques qu’on n’oublie jamais. Masked Crusaders working overtime, fighting crime, fighting crime. Quelques secondes de synthé héroïque, un logo qui explose à l’écran, et aussitôt le samedi matin reprenait sa forme rituelle. Pour une génération entière d’enfants français et européens, M.A.S.K. fait partie de ces souvenirs télévisuels qui ne demandent qu’un déclencheur pour revenir intact. Quarante ans plus tard, la série mérite qu’on la regarde à nouveau. Et surtout qu’on dise pourquoi elle méritait mieux que l’oubli relatif dans lequel elle est tombée.
Cet article ouvre une mini-série en quatre volets consacrée à M.A.S.K.. On y reviendra sur la mécanique industrielle Kenner, sur la cote actuelle des véhicules et sur les chances de retour de la licence.
M.A.S.K. arrive en 1985, produit par le studio DIC, le même que celui d’Inspecteur Gadget et des Mystérieuses Cités d’or. Le pitch tient en une phrase : une équipe secrète, la Mobile Armored Strike Kommand, dirigée par le milliardaire Matt Trakker, combat l’organisation criminelle V.E.N.O.M. menée par Miles Mayhem. Des gentils contre des méchants. Sur le papier, rien d’extraordinaire.
Sauf que la mise en œuvre l’est. Là où Transformers aligne des robots géants et où G.I. Joe aligne des militaires, M.A.S.K. propose quelque chose de plus hybride. Les héros portent des masques qui leur donnent des pouvoirs spécifiques, le Spectrum de Matt Trakker, l’Hocus Pocus d’Alex Sector, le Gulliver de Dusty Hayes. Leurs véhicules, eux, se transforment. Une Chevrolet Camaro devient un jet de combat. Un semi-remorque devient une base mobile. Une Corvette se plie en sous-marin.
C’est cet équilibre entre plausibilité et fantaisie qui distingue la série. Les véhicules sont reconnaissables comme des véhicules. Les transformations sont spectaculaires mais restent visuellement compréhensibles. Quand le Thunderhawk de Matt Trakker déploie ses ailes gullwing pour devenir un jet, l’enfant comprend la mécanique, même si elle est magique. C’est du toy-driven entertainment, certes, mais c’est du toy-driven entertainment intelligent.
Autre particularité souvent oubliée : le ton de M.A.S.K. est plus adulte que la moyenne des dessins animés de l’époque. Les intrigues n’hésitent pas à sortir du cadre du combat du bien contre le mal pour aborder des missions de sauvetage en Afrique, des opérations d’espionnage en Europe, des enquêtes archéologiques. Chaque épisode se termine par un court segment éducatif où les personnages s’adressent aux enfants sur la sécurité, l’environnement ou la tolérance. Cette fin de capsule, un peu kitsch vue aujourd’hui, portait une ambition pédagogique qu’on ne retrouvait ni dans Transformers ni dans G.I. Joe.
Les gadgets, eux aussi, sont crédibles pour les standards de l’époque. Là où les jouets Hasbro cèdent à la surenchère de laser et de spatial, Kenner, à qui l’on doit toute la gamme M.A.S.K., garde un pied dans le tangible. Les véhicules ressemblent à des voitures. Les masques ressemblent à des casques. L’univers reste ancré dans quelque chose qu’on peut presque imaginer croiser dans la rue. Presque.
Ce détail est rarement souligné, mais il compte. M.A.S.K. appartient à cette famille de séries animées 80’s issues de la collaboration entre studios français et américains, dans la continuité directe d’Ulysse 31, Inspecteur Gadget ou Jayce et les conquérants de la lumière. Le style graphique, le rythme narratif, la profondeur des personnages portent la signature de l’école DIC. Cette école qui, rappelons-le, a produit plus de shows à la fin des années 80 que Hanna-Barbera sur son propre marché.
Autrement dit, M.A.S.K. n’est pas qu’une série américaine regardée en France. C’est aussi, en partie, une série faite par des Français que les Américains ont consommée. Ce renversement de perspective rend son oubli relatif en France encore plus frustrant.
La série s’est arrêtée en 1986 après 75 épisodes. Les jouets Kenner ont continué jusqu’en 1988. Puis l’univers est tombé dans un long silence. Quelques tentatives de comics, quelques rumeurs de film par Hasbro au milieu des années 2010, jamais concrétisées. Contrairement à Transformers, qui a eu Michael Bay, ses reboots animés et sa franchise milliardaire, M.A.S.K. n’a pas trouvé de second souffle. Contrairement à G.I. Joe, qui a eu ses films live, ses relances comics et sa place dans l’actualité, M.A.S.K. n’a jamais vraiment ressurgi dans la culture populaire mainstream.
Et pourtant. La série est disponible aujourd’hui en streaming et en DVD dans plusieurs pays. Les fans maintiennent des sites de référence comme MASKFORCE.com qui compilent l’intégralité de la gamme avec un niveau de détail impressionnant. Le marché collector des véhicules Kenner est devenu l’un des plus actifs de la seconde main vintage, avec des prix qui grimpent régulièrement. Et les quadras qui y ont grandi commencent exactement à arriver dans la tranche d’âge où ils rachètent leur enfance.
Tout est donc en place pour un retour. Reste à savoir sous quelle forme. On y reviendra dans cette mini-série, avec d’abord un épisode consacré à l’incroyable machine industrielle que Kenner a construite autour de la licence, puis un plongeon dans le marché collector actuel, et enfin une analyse des chances de M.A.S.K. de ré-exploser. Parce qu’en 2026, toutes les conditions sont réunies pour qu’Ulysse ne soit pas le seul héros à revenir.
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Antoine
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